Primo Levi, dans sa préface, s'excuse auprès de ses lecteurs des défauts de structure de Si c'est un homme. Pensez-vous que cette sévérité est justifiée ?

Comment mettre en récit l'expérience inhumaine de la déportation et des camps ? Cette question Primo Levi n'a pas manqué de se la poser, au moins implicitement, puisque, dans la préface de Si c'est un homme, il juge défectueuse la structure de son oeuvre. Qu'en est-il en réalité ?

1 - La structure de Si c'est un homme.

Bilan : un compromis habile entre un ordre chronologique et une présentation plus synthétique mettant en relief des thèmes. Le problème de la structure de l'oeuvre témoigne de la difficulté de rendre compte d'une vérité inouïe.

2 - Le problème de la transcription littéraire de la déportation.

3 - La "littérature" ou le "souvenir" ? Le miracle d'une oeuvre inconstestablement réussie.

Si c'est un homme a connu des tirages importants et a été traduit dans de nombreuses langues. Primo Levi a été reconnu de facto comme une autorité dans le domaine de la déportation nazie et des camps de la mort. Son livre est étudié dans les lycées. D'une certaine manière, cette oeuvre ne peut pas être un échec. D'autres oeuvres comme celle de Robert Antelme peuvent paraître plus fortes mais on ne peut pas s'en servir pour dévaloriser le récit de P. Levi.

Conclusion : Comme la formulation de la question initiale le laissait entendre Primo Levi se présente comme un auteur scrupuleux. Sa modestie est un peu la même que celle de Stendhal écrivant "Je tremble toujours de n'avoir écrit qu'un soupir, quand je crois avoir noté une vérité." Ses doutes sont à mettre à son crédit et ne manquent pas d'honorer l'écrivain honnête et sincère qu'il a été.

 

Dans quelle mesure le film de Spielberg, La liste de Schindler, aide-t-il à comprendre l'univers de Si c'est un homme.

Les films ont le mérite parfois de montrer ce que les livres ne font que dire. Est-ce le cas pour La Liste de Schindler ? Les images dramatiques de Spielberg ajoutent-elles un supplément au poids des mots de Primo Levi ?

Le film de Spielberg a eu l'incontestable mérite de rappeler au "devoir de mémoire", cinquante ans après que le monde a découvert l'horreur des camps. Il a cependant les défauts de ce genre de production, qui sont au nombre de trois :

Le film offre cependant une bonne restitution de cette terrible période et notamment :

S'agissant plus précisément de l'univers du livre de Primo Levi le lecteur retrouve :

Ce que l'on n'y trouve pas ou pas assez :

Le film est-il donc à rejeter ? Bien sûr que non. Il donne une idée assez juste de ce qu'aura été la terrible misère humaine de cette époque, mais une idée seulement.

Le livre de Primo Levi n'a peut-être pas besoin d'une aide pour qu'on le comprenne. Les deux oeuvres sont indépendantes. Ce qui les distingue c'est le public auquel elles s'adressent et leur portée. Le film de Spielberg a eu l'audience des films à succès mais le livre de Primo Levi a un retentissement plus profond et plus durable.